Le Noir est généralement ce que je considère comme mon broyeur à ordures. Toutes les idées noires qui me passent par la tête et qui ne peuvent figurer ni dans les autres couleurs, Rouge, Bleu.
Le Noir est l'endroit où je revendique le droit de crier mon mal être, de laisser les fausses apparences au vestiaire. En fait j'en ai ras le bol. J'en ai marre de me taire et de tout garder pour moi. Pourquoi toujours devoir exhiber son bonheur (pratique pour celui qui n'a que ça) et cacher son malheur ?
Le texte "Souffrance" est un essai. Il parle de ce tabou, des souffrances humaines, de ma Souffrance. Le mal insupportable. De l'envie de disparaître qu'on peut ressentir quand on se sent mal... Ou quand on est en conflit avec sa famille, ses parents, à cause de la haine qu'ils peuvent éprouver envers moi depuis la mort d'un proche. De toutes ces raisons qui donnent envie de mettre fin à ses jours.
Le chômage (une victime de plus me direz vous) conduit en général très vite à l'ennui, la pauvreté et la solitude : autant de raisons de se suicider. En effet je ne supporte pas l'instabilité professionnelle, ni l'instabilité tout court. J'ai besoin de travailler comme j'ai besoin d'être aimé. Je suis fidèle en travail comme en amour. Problème quand on a ni l'un ni l'autre : on pète les plombs. Car ne le nions pas lorsque j'ai écrit ce texte, je broyais du noir. L'ennui me fait systématiquement penser au chaos, à l'enfer, à la mort et au suicide.
Mon envie de mourir devient comme une obsession dont la Mort apparait comme la seule solution de ce labyrinthe. On se sent soudain trop à l'étroit dans sa vie.
Je crois effectivement que lorsque tout va mal, quand ni la vie professionnelle, ni la vie personnelle ne vont, quand l'équilibre parfait est brisé, que l'harmonie s'est évanouie, la Mort apparaît encore plus belle que jamais. Comme la seule porte de sortie honorable, la seule libération possible de nos chaînes humaines face à un échec qui total est devenu intolérable.
Les Samouraï avaient le sens de l'Honneur et savaient se faire hara-kiri avec dignité. Malheureusement ce sens de l'Honneur s'est perdu....
Mon Katana, c'est mon stylo. Mon Sang, c'est mon Encre. Ecrire le Noir me permet de me vider la tête, d'exorciser mes souffrances, de les enfermer sur du papier telle une Boite de Pandore... A défaut de me livrer à l'inévitable : Mourir parce que Vivre est devenu insupportable. Et je sais de quoi je parle : le Chômage est une prison pour les innocents. Elle renferme tout le sang de l'injustice... Etc.
Un jour il faut savoir écrire le mot FIN de cette ultime Souffrance.
Dédicace.
A tous les chômeurs de France qui rêvent de voir un jour la fin de la galère du chômage. La fin de la peur, de nos angoisses. La fin de l'ennui et de la honte. La fin de l'envie de manger. La fin de l'envie de boire. La fin de l'envie de mourir.
A tous les patrons qui m'ont licencié depuis 1996, je tiens à leur dire Merci. Merci pour m'avoir fait découvrir l'envers du décor, le côté obscur de la race humaine. La calomnie, le mensonge, l'injustice, la méchanceté, le manque de respect, la manipulation, même la prostitution (non ne rêvez pas, les femmes n'aiment pas les hommes pauvres) et j'en passe. Merci pour la Souffrance qui chaque jour de chomage passant, a su naître et ne cesse de grandir en moi, comme si le soleil mourait à petit feu chaque jour un peu plus. C'est dans la pauvreté et le désarroi que les extrémistes naissent, que la violence se fait loi et que pour survivre un jour, une heure, une minute de plus, on est prêt à commettre le pire. Merci à ceux qui m'ont donné le gout de la Haine, une telle rancoeur et une telle absence de pitié. Merci aux ames obscures qui ont su me montrer qu'ils étaient prêts à tuer - le licenciement est plus qu'un divorce dans certaines professions, c'est un meurtre dissimulé - les autres pour gagner... un seul Euro ou plus.
Au nom des mots sacrés capitalisme, libéralisme, actionnariat, fond de pension ou encore... mondialisation. On ment, on vole, on... tue.
Le chômage est mon enfer. Un Enfer. Un Enfer-mement.
Qui conduit vers la Solitude. Et la Mort.